Entrepreneuriat décomplexé

Le jour où je me suis retrouvée à une brindille de tout lâcher

By 02/09/2020 septembre 4th, 2020 No Comments

À l’heure où j’écris cet article, je viens de quitter le comité de rédaction du n°9 du magazine Odyssées d’entrepreneurs, sur le thème « À la recherche de la liberté ».

Combien sommes-nous, indépendants/freelances/entrepreneurs/appelle-toi comme tu veux, à dire :
« Être libre pour moi, c’est fixer mes propres horaires, mon cadre de travail. C’est ne plus obéir à des ordres dictés par ma hiérarchie, ne plus subir ce que j’estime être de l’incompétence, etc. » ?

Bon, il existe plein de variantes, hein, mais tu as compris l’idée.

En préparant le comité de rédaction de ce numéro, je suis allée retrouver la Marion que j’étais il y a 2 ans, quand je sentais que le moment était venu de quitter mon boulot.

Je me suis lancée en solo, complètement dans le délire « Ouais génial, je suis méga libre, je vais pouvoir aller chez le dentiste en pleine semaine à 11h, je vais pouvoir aller jouer au tennis avec mes copines en pleine journée, je vais pouvoir bosser quand je veux, même la nuit, même le dimanche, même en pyjama. »

Tu sais combien de fois j’ai pris un rendez-vous médical en pleine journée, en pleine semaine ? 1 fois. C’était il y a 3 semaines.

La vérité, c’est que j’étais pas du tout à l’aise avec ça les premiers mois.

Je me souviens qu’à la question « Alors, comme ça se passe ? », je répondais toujours « Ouais c’est cool, franchement je ne regrette pas ».

Sur le papier, j’avais pas à me plaindre : j’ai décroché ma 1re mission 2 semaines avant de quitter mon job, et j’ai réussi à me dégager un petit salaire au bout de 6 mois.

En réalité, j’étais terrifiée. Mais vraiment.

Ohé ohé capitaine abandonné

Ne me remercie pas, c’est cadeau 😘

Du jour au lendemain, je me suis retrouvée sans cadre.
Sans horaires.
Sans collègues.
Sans personne qui attendait quelque chose de moi.
Sans avoir besoin de l’aval d’un supérieur pour prendre une demi-journée de repos.

Le rêve, hein ? Bah moi, d’avoir 0 repère, ça m’a perdue.

Je me sentais seule. Je ne savais pas dans quelle direction aller, car, finalement, je créais mon entreprise en réaction au salariat. Je n’avais pas en tête un projet ou un message que je voulais porter depuis des années.

J’avais l’impression d’avoir des responsabilités très lourdes à porter. Seule.

Je devais faire mes propres choix. Mais comment savoir si c’était les bons ?

Je devais prendre les commandes. Mais comment savoir si c’était la bonne façon de faire ?

Je sortais de 10 ans de salariat dans des cadres bien définis, avec une hiérarchie, une fiche de poste, des horaires, une répartition à peu près clair de qui fait quoi.

Et je me retrouvais seule, à devoir créer mon propre cadre.

J’avais l’impression d’être face à un meuble Ikea super compliqué, sans notice, sans photo de ce à quoi devait ressembler le résultat final. Tu vois ce que je veux dire ?

Et puis, les avantages au fait de travailler à mon compte, je n’en profitais pas. Tu sais, le fameux rendez-vous chez le dentiste un mardi à 11h, dont je te parlais tout à l’heure, je ne me l’autorisais pas.

Je culpabilisais. Je culpabilisais de pouvoir faire autre chose, alors que normalement, ce jour-là, à cette heure-là, tout le monde travaille.

Alors, je demandais mes rendez-vous en fin de journée, après 18h. Comme les gens normaux qui travaillent.

Tu vois, j’avais besoin de me raccrocher à des repères connus.

Ça, je t’en parle aujourd’hui, plus d’1 an après, mais sur le moment, je n’arrivais pas à mettre des mots sur tout ça. Et, surtout, je ne voulais pas.

Il était hors de question, mais vraiment, que je laisse la peur faire son travail de sape.

On ne renonce pas à quelque chose parce qu’on a peur. On renonce parce qu’on ne le sent pas, parce que ça sent l’embrouille.

J’étais là. Je n’allais pas retourner en arrière. J’allais le monter ce p* de meuble.

En fait, t’es pas obligé de le voir comme une galère

Quand j’ai commencé, mon objectif prioritaire était de me dégager assez de revenus pour payer mes charges, car, n’ayant pas le droit au chômage (j’avais démissionné), je n’avais plus de rentrée d’argent.

Alors, je prenais toutes les missions qui se présentaient. Quand tu choisis de ne pas choisir tes missions (tu suis, là ?), il y a de fortes chances pour que le niveau de kif ne soit pas au max. J’étais en fait… une banque d’heures que je mettais à disposition de mes clients.

Mais j’étais ok avec ça, parce que ça répondait à mon objectif prioritaire.

Sauf que. J’ai retrouvé les problèmes que je rencontrais lorsque j’étais salariée. Faut le faire, hein ? Mais finalement, c’est pas surprenant parce que je subissais les choses. Je n’en prenais pas totalement les commandes.

Le souci, quand tu travailles à ton compte, c’est que tu n’as pas tes collègues à la pause-café pour vider ton sac. Et tu ne peux pas participer aux discussions tradi du week-end « Pfff mon chef, cette semaine, il en a encore faite une belle, tu sais ce qu’il m’a dit ? blablabla. »

Comme par hasard, j’ai commencé à avoir peur de beaucoup de choses dans ma vie perso. Peur de sortir de chez moi. Peur de conduire aussi. Alors qu’avant, il m’arrivait de prendre ma voiture sur un coup de tête pour aller passer le week-end là où j’avais envie de m’arrêter.

Ok, j’avoue, je sur-dramatisais un peu le truc sur le moment, mais j’étais en boucle. Focalisée sur toutes les success stories que je lisais, que j’écoutais.

Le déclic est arrivé le jour où j’ai compris que j’avais complètement occulté l’aspect plaisir. Je prenais des décisions en fonction de ce que les autres attendaient de moi. Je n’assumais pas le fait d’avoir un avis différent. Je n’assumais pas de ne pas avoir envie de faire certaines choses.

Laisser les autres commander ta vie, ça finit par être épuisant.

Ton job ne peut rien t’apporter si tu le déconnectes de qui tu es.
Et si tu n’es pas bien dans ton job, tu ne peux pas être au top dans tes missions.

Alors, j’ai pris le problème dans le bon sens. Finalement, les difficultés rencontrées dans mon travail n’étaient qu’un symptôme.

Au lieu de placer mon job au centre de mes réflexions, je me suis placée moi au centre.

Qu’est-ce qui me nourrit ?
Qu’est-ce qui me donne de l’énergie que je peux ensuite diffuser dans mon job, auprès de mes clients, dans ma vie perso ?

Comme une pile dont il faut entretenir la charge pour tenir sur la durée.

J’ai fait la liste, et je fais en sorte chaque semaine de laisser la place qu’il faut à ce qui me donne de l’énergie.

Je t’en donne un petit aperçu :

  • Je protège mon sommeil.
    Je ne suis pas une grosse dormeuse, mais je réagis mal à la fatigue. J’en avais marre de passer mes journées à me plaindre d’être fatiguée parce que la veille, encore une fois, j’avais préféré regarder un 3e épisode de série plutôt que d’aller me coucher.
    En pratique : je me fixe une heure de fin pour ma journée de travail, pour avoir un « sas de décompression » (quand tu travailles dans un bureau, tu as le trajet retour jusqu’à chez toi pour souffler, mais quand tu travailles dans ton salon, bah…). Je mange plus tôt, et j’arrête de m’endormir sur le canapé. Ouais, c’est moins marrant, mais maintenant, ça, c’est réservé au week-end.
  • Je protège mes repas.
    Je veille à toujours avoir des repas prêts d’avance. Alors, je fais des menus pour la semaine. Sans non plus aller jusqu’à dire « Lundi midi je mange ça, lundi soir je mange ça, etc ». Comme ça, je prends une vraie pause pour manger, et je ne me retrouve pas à 13h devant mon frigo en me disant « Oh merde je voulais manger ça, mais ça demande 40min de préparation ».
  • Je m’amuse, en faisant des trucs qui me vident la tête.
    Dans mon cas, il y a le sport, mais surtout les activités qui se passent en extérieur : le VTT, la rando, gratouiller la terre dans mon jardin et me lancer dans des aménagements extérieurs improbables. M’occuper de mes plantes et les voir pousser, fleurir, grandir, ça me rend super fière.
    Je fais pas des randos tous les jours, hein. Quand je n’ai pas de séance de sport de prévu, je veille à aller m’aérer la tête en marchant une trentaine de minutes, en m’arrangeant pour passer près de la rivière, pour regarder les canards.
    Oui, parce que j’ai une passion secrète : regarder les canards. Me demande pas pourquoi, j’en sais rien.
  • Et j’apprends des trucs.
    Tous les soirs, je prends 2-3 minutes pour remplir mon cahier de gratitude. Ça fait 1 an que je fais ça. Le vendredi soir, l’exercice est un peu différent et je suis invitée, entre autres, à noter ce que j’ai appris dans la semaine.
    J’ai remarqué un truc : quand je passe une sale semaine, comme par hasard, je n’ai rien à mettre dans cette case. Et je me rends alors compte que j’étais en mode pilote automatique toute la semaine : boulot-dodo.

Je ne rentre pas plus en détail dans ma liste, parce que je ne veux pas que tu prennes mes trucs pour une solution magique. On a tous une pile d’énergie à entretenir, mais on a chacun notre propre méthode.

Après, je te cache pas que ça m’arrive encore de me coucher trop tard sans raison particulière, d’ouvrir mon frigo en me disant « Et merde, je n’ai rien de prêt ». Mais ce n’est plus la norme.

Ça me demande une certaine discipline, mais depuis que j’ai testé cette façon de fonctionner, je n’ai plus le sentiment de subir mes journées, je ne vois plus le week-end comme le moment pour récupérer de ma semaine avant d’en attaquer une autre, et j’ai une relation apaisée avec ma boîte mail et mon agenda.

Et tu sais quoi ? C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à vraiment apprécier mon travail. Je pensais devoir arrêter certaines missions qui me prenaient de l’énergie, mais j’ai compris que ce n’était pas le taf en lui-même qui me plombait, c’était ma façon de le vivre.

Ah, au fait! Ces missions que je ne choisissais pas au début, elles m’ont beaucoup apporté, car j’ai pu affiner ce que j’aimais faire et pourquoi, avec qui j’aimais travailler, ce qu’il était indispensable pour moi de réunir comme condition pour bien travailler.

Tout ça, tu peux pas l’apprendre dans des livres de développement personnel, dans des livres sur la productivité, sur le personal branding ou je ne sais quoi.

L’action t’apporte toujours plus que l’inaction. Teste, et au moins tu sauras si ça marche ou pas. Si j’avais entendu ça plus souvent, j’aurais sans doute moins culpabilisé et je me serais sentie moins perdue.

Et toi, c’était comment tes premiers pas ? Tu peux me répondre par mail à l’adresse marion@mariondarras.com, je te répondrai avec plaisir !